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Dessin et alphabet, un apport pour la facilitation graphique

24/09/2018

Dessin et alphabet, un apport pour la facilitation graphique

Enfant, je dessinais beaucoup.

J’ai eu ma période de lettres anthropomorphiques : je m’amusais à dessiner tout un alphabet en personnages, avec leurs accessoires. Je les tordais pour leur donner la forme du « O », je les allongeais et les contorsionnais à la manière des alphabets de Daumier.

Les artistes et autres typographes jouent depuis longtemps avec le lettrage. J’ai chez moi quelques livres sur l’enluminure qui témoignent de cette pratique. Dans ce cas, l’initiale d'un texte prend la forme d’un animal fantastique ou est habillée de fleurs et autres ornements.

Car les lettres ont d’abord été des images. « Alphabet » est formé à partir des lettres hébraïques « Aleph » et « Beth » qui représentent le taureau (ou le bœuf) et la maison. Le taureau, symbole de vigueur et d’énergie, dont l’image entière de l’animal (hiéroglyphes égyptiens) disparaîtra chez les phéniciens au profit du symbole seul des cornes en forme de V, posées sur un trait pour signifier le haut de la tête ; tournées tête-bêche à 180°, elles forment le A, avec le trait de la tête qui glisse vers le bas en travers des deux cornes. Ainsi est né le alpha grec, notre "A".


Le pouvoir du texte-image en Facilitation graphique et en scribing

Les « fantaisies typographiques » qui se prolongent « en une approche ludique du langage » (cf: le texte de Marianne Berissi sur le poète et écrivain du XXème siècle Michel Leiris), peuvent, j’en suis sûre, trouver leur voie dans le monde récent de la facilitation graphique, si l’on entend ce qu’en dit Rimbaud:

« L’alphabet reste toujours sagement incrusté dans le blanc de la page et s’il advient que les lettres s’animent, s’associent ou s’opposent entre elles, s’irriguent de courants divers et voient leurs droites se changer en trajectoires tendues de balles, leurs courbes en virages, leurs lignes fermées en allers et retours de boomerangs ou parcours de circuits, la faute en est seulement au spectateur affamé d’équivalences métaphoriques ou apprenti liseur – qui projette sur les caractères imprimés un flux de forces qui n’est que le sien mais suffit cependant pour donner vie à ces signes sans épaisseur enfermés dans un monde typographique où ne règnent que deux dimensions »

Ces « équivalences métaphoriques » sont le secret d’une transcription réussie, une capture délicate à isoler dans un discours, comme une cerise sur un gâteau.

Parfois, l’orateur usera d’une métaphore, qui, si elle est une clé de la démonstration, pourra être illustrée dans la fresque synthétique du facilitateur graphique et scribeur.

En tant que facilitateurs, médiateurs entre l'orateur et l'auditoire, communicants avertis et inspirés, nous pouvons user de ces équivalences pour renforcer une idée, ou l'illustrer avec humour.

Dans mes fresques synthétiques, j’ajoute parfois des jambes ou des bras à mes lettres, je les fais courir, tomber, chuter au fond d’un ravin. J’aime mettre en scène les mots.

Ainsi, j’admire les artistes qui jouent habilement avec la typographie et le sens des mots. Je vois là une piste intéressante à explorer en facilitation graphique et en scribing, un petit plus pour susciter de l’émotion et capter l’attention d’un public.

Sans compter que cette pratique est source de renouvellement créatif et d’expérimentation, un « sport » directement applicable à notre métier de facilitateur graphique.

N’oublions pas, comme le dit Jean Larcher dans cet article sur « les alphabets de l’impossible », de jouer avec les chiffres et la ponctuation qui font aussi partie de la typographie.


Penser en images

J’ai récemment trouvé ce petit bijou : Ji Lee est un graphiste qui joue avec les lettres d’un mot comme avec des personnages dans une scène de théâtre. Les lettres deviennent ses actrices, dansent et se transforment pour donner au mot tout son sens.

C’est déjà un exercice que j’admirais dans les dessins de Laurent Berman, « Le colporteur d’images » (ed. L’Attrape-Science) : « la scène se passe dans la Capitale, dont les rues sont mots de passe, où l’on pénètre grâce aux mots-clés ».

Voici bien ce que cherche à faire le facilitateur graphique : pénétrer un discours par les mots-clés, et les donner à voir à l’auditoire.

Chez le Designer graphiste New-Yorkais Ji Lee, les lettres s’animent dans de petites scénettes amusantes sonorisées :

  • « Superstitious » a treize lettres !!
  • Le A de Dali se transforme en de longues moustaches.
  • Le second G de Van Gogh, scindé en deux, ressemble à son oreille coupée…
  • Le mot « horizon » voit ses « o » bien ronds comme des soleils, se lever au chant du coq ou disparaître derrière une ligne imaginaire.
  • « Elevator » est suggéré par le « v » pour la descente, et le « A » (sans barre horizontale) pour signifier la montée.
  • Le mot « Gravity » s’effondre au sol.
  • « Vampire » trempe dans le sang les dents de son « M » à l’envers.
  • « Voyeur » a dans son « o » le « y » comme un sexe de femme.
  • Les « o » de « Balloons » s’envolent au vent.
  • Le « S » de « Tsunami » devient une vague gigantesque.
  • Le « E » de « Zipper » est une fermeture éclair.
  • Le « O » de « Clock » est un cadrant de montre.
  • Le « P » de pirate se remplit de noir et bascule à l’horizontal pour devenir un cache-œil.
  • J’adore Spiderman, son « M » en « W » qui descend dans le mot par un fil d’araignée.
  • Le « x » de « Exit » prend ses jambes à son cou comme s’il y avait le feu.
  • Etc.


Le lettrage, un assistant efficace en synthèse visuelle

Ce lien entre le lettrage et le sens du mot est une piste sérieuse à creuser pour qui pratique la synthèse visuelle. C’est un moyen d’exprimer le sens d’un discours, l’essence d’un sujet, la moelle épinière d’un thème.

C’est aussi un moyen de s’amuser et de surprendre. C’est un exercice difficile mais divertissant, qui ne manquera pas de marquer l’auditoire. S’il est délicat de faire preuve d’une telle créativité sur le vif, rien n’interdit d’anticiper et d’y songer en amont lors de la préparation de la séance de facilitation graphique (ou de scribing), puisqu’il est entendu que pour qu’une intervention soit efficace, mieux vaut a minima se renseigner sur le sujet qui sera abordé.


Le lettrage communicant

S’intéresser à l’anatomie de la lettre est la condition sine qua non pour personnaliser son mot. En tant que facilitateurs graphiques, nous nous entraînerons à dessiner le lettrage dans toutes les tailles, majuscules, minuscules ou cursives, sur plan horizontal comme à la verticale, pour être aussi habile sur une table que sur un mur.

Connaître la lettre permet de mieux jouer avec le corps de celle-ci, afin de lui ajouter empattements, ornements, décorations, ombres, épaisseurs, et au final, des bras, des jambes, des accessoires, ou la transformer en objet, afin que « les lettres aient de la ressemblance avec les choses » selon la demande de Platon exprimée à travers Socrate (lire « La lettre et l’image », par Massin, ed. Gallimard, commentaire de Roland Barthes et préface de Raymond Queneau).


Une vision commune

Ainsi, les lettres accentuent les mots-clés, et deviennent des "mots de passe", comme le disent si bien Laurent Berman et Anne Quesemand dans leur livre cité plus haut. J’aime l’idée de ces « mots-de-passe » comme la clé vers une vision commune.

L’avantage de jouer avec les lettres à la manière de Ji Lee, c’est qu’elles peuvent rester simples, sans empattements, « sans-serif » (« grotesk », en allemand). Chez lui, pas besoin d’ornements pour extirper au mot sa « substantifique moelle ». La méthode est puriste, talentueuse et très efficace.


Le mot comme un outil d’illustration et de storytelling

Cette mise en forme du mot à travers ses lettres devient presque une illustration, et participe à la transcription du discours. Elle est le symbole d’une discussion, une animation récréative et fidèle. Elle intrigue et aide à la mémorisation par sa théâtralité. C’est un outil de narration, de storytelling.

Le facilitateur dispose de la liberté d’ajouter aux lettres toutes sortes d’accessoires ou contexte environnemental qui pourra accompagner le processus de transformation. Seul maître à bord, il décide pour ses mots s’il doit les placer dans un décor, ajouter une couleur ou tout autre objet dans le but de donner du sens.

Lors d’une restitution de projets sur l’éducation au développement durable, j’ai écrit en titre, au centre de la feuille le mot « éducation » à la verticale, des lunettes sur le nez du « D », un livre tenu dans les mains du « U », des jambes fixées au « N », qui pédalent sur la Terre, qui, en 2D est plate comme une roue de monocycle. Le complément du titre est écrit sur le pourtour de la Terre.

Ce jeu avec les lettres et les mots est un outil supplémentaire pour la carte synthétique et visuelle qui se construit. C’est un moyen de mettre en valeur un mot-clé. Le mot est transformé en image pour devenir un mot-repère.


Capture visuelle, capture de mots

La synthèse visuelle n’est pas seulement une juxtaposition de lettrages, de mots-clés et de symboles ou de pictogrammes. Elle peut s’accomplir dans une symbiose qui prend la forme de ce Tout qu’est la lettre et la signification du mot, et où ce jeu avec les lettres parfait le sens du mot et enrichit la fresque.

L’aspect visuel demeure dans le souvenir, c’est bien là l’intérêt de la facilitation graphique et du graphic recording.

Manier la typographie pour soutenir le sens d’un mot est un jeu créatif et amusant qui participe à la fresque finale, puisqu’à l’issu d’un événement, colloque, réunion ou conférence, naît une fresque originale dans son unicité.

Pratiquer le sketchnote en vacances, ou comment se reposer en restant créatif

23/07/2018

Pratiquer le sketchnote en vacances, ou comment se reposer en restant créatif

Le sketchnote, c’est une trace de ce que vous voyez, entendez, ressentez. C’est un outil formidable pour parler d’un thème qui vous tient à cœur ou un épisode de votre journée. Il se situe entre la rédaction et le dessin ; il lui faut les deux, dans un bon équilibre. Il n’est pas exigeant, il ne demande pas à être beau, mais vous essaierez peu à peu de le rendre attractif, pour vous et pour les autres.

Une gymnastique cérébrale

Comme toute activité artistique, il fait travailler votre cerveau, ici, les deux hémisphères, celui de l’écrit et celui des images. Sortir de sa zone de confort est un excellent exercice pour la gymnastique cérébrale. L’avantage, c’est que ce sport neuronal peut être pratiqué au fond du transat, à une terrasse de café, au camping et où que-ce-soit tant que vous disposez du petit matériel requis.

Un crayon et du papier

Le croquisnote (francisation québécoise du mot sketchnote) aura une place de choix dans l’album souvenirs ; les vacances, c’est le meilleur moment pour s’entraîner à croquisnoter : glissez dans la valise au côté de votre roman de l’été un ou deux carnets de notes (sans lignes… Inutile de chercher chez Hema, ils ont tous des lignes, j’ai déjà regardé), un stylo à pointe fine type roller (Pilot-pure Liquid ink ou Uniball, 0,5 ou 0,7 mm), un crayon (avec la gomme au bout c’est pratique), et éventuellement quelques crayons de couleur. Si le papier de votre carnet est trop fin, l'encre transpercera au travers. En ce cas, je colle la page qui suit.

Le chic du chic des carnets s’appelle Moleskine, son papier de qualité est épais, mais il est coûteux et risque de vous intimider. Pour laisser libre court à l’imagination, mieux vaut se sentir à l’aise et ne pas ajouter à l’angoisse de la page blanche l’appréhension d’un carnet que l’on aura peur d’abîmer. Je ne le conseillerai donc qu’au sketchnoteur aguerri. Pour ma part, j’aime dessiner dans toutes sortes de cahiers aux couvertures colorées et matiérées, glanées dans les boutiques, les brocantes et autres marchés. Certains font des collections de timbres, de chouettes ou de tortues, moi je collectionne les carnets de dessin.

Une fois le matériel acquis

Les sujets à dessiner ne manquent pas : inventaire de votre valise ou de votre trousse à pharmacie de voyage, scénettes à l’aéroport ou à la gare, description d’un site touristique, d’une particularité culturelle, d’un fait divers, d’un marché indigène, d’un repas qui sort de l’ordinaire, de convives originaux, d’une soirée festive, de costumes locaux, d’un apéritif mémorable, d’une journée à la plage, de découvertes entomologiques…

Tout cela peut être couché sur le papier avec de rapides dessins et un peu de texte. Consacrez à un thème une double page du carnet. Soignez votre trait, valorisez l’erreur, simplifiez le dessin, veillez à l’orthographe des mots, à la qualité de votre typographie manuscrite, glissez un peu d’humour et laissez place à votre créativité… Et méfiez-vous de la gomme qui est l’ennemie du mieux !

La gomme

La gomme sert à effacer. Là est le problème. Une fois que vous avez gommé, l’erreur n’est plus visible. Vous allez donc tracer à nouveau avec votre crayon un trait qui ne sera pas mieux que le précédent. Vous gommerez ce trait nouvellement dessiné, car insatisfait du résultat, et rebelote, le nouveau trait à venir ne sera pas celui attendu et ainsi de suite… La gomme s’adresse donc à un utilisateur averti qui l’utilisera avec parcimonie. Avant de gommer, regardez votre trait : peut-être est-il récupérable, pourriez-vous en tirer parti ? Dans le cas contraire, tracez au crayon par-dessus le trait erroné, de façon à corriger le tir. Repassez à l’encre quand vous êtes satisfait, gommez lorsque l’encre est bien sèche. Dans tous les cas, gommez le moins possible !

Icônes et pictogrammes

Les symboles résument un objet en une image simplifiée. En cela, ils sont avantageux pour la prise de notes dessinée. Voici quelques icônes sur le thème des fleurs dont vous pourrez vous inspirer pour agrémenter vos croquisnotes (pour ceux qui vont à la campagne), ou des icônes tropicales pour « coller » avec le thème du jour.

Bien sûr, vous pouvez inventer votre propre bibliothèque d’images ou de pictos, en les construisant avec des formes géométriques simples (carré, triangle, rectangle, trait, point), sans perspective aucune.

Il existe aussi des bibliothèques d’icônes (thenounproject, bikablo…).

Les émoticônes symbolisent une humeur, une émotion. Elles peuvent vous inspirer pour donner à un visage son expression.

Quel graphisme ?

Trouvez une typo originale pour le titre principal, (regardez autour de vous, les exemples ne manquent pas sur les affiches, les menus…), et une typo bâton plus ou moins « grasse » pour les sous-titres. C’est simple, il suffit d’épaissir la lettre plus ou moins.

Les pavés de texte sont écrits le plus lisiblement possibles, de préférence en caractères d’imprimerie, et parfois en cursive pour « casser le rythme ». Le but est de rendre votre texte très lisible.

Regardez les œuvres des artistes que vous rencontrerez, elles sont source inépuisable d’inspiration, autant pour le graphisme, le trait, l’emploi de la couleur, l’interprétation des personnages ou des objets, la mise en page.

Construisez-vous une bibliothèque d’images au hasard de vos pérégrinations.

Recopiez dans un « carnet de brouillon » un motif mémorable que vous avez vu. Il vous servira peut-être ultérieurement.

Interprétez et couchez sur le papier ce que vous voyez, mais n’abusez pas de la 4G pour chercher l’inspiration. L’idée est d’oublier le portable pour découvrir le monde autour de soi.

La mémoire visuelle et le cerveau

Il s’avère que notre mémoire tire avantage lorsque notre cerveau est surpris. Dans un article nommé « l’inattendu dope nos apprentissages » paru dans « La Recherche » (numéro Juillet-Août 2018), et selon le neuroscientifique Adrien Peyrache, « la mémoire des événements de la vie est traitée par l’hippocampe » ; pas d’hippocampe et vous aurez à peu près la mémoire du poisson rouge tournant dans son bocal.

L’étude de cette mémoire a mis en évidence « le locus cœruleus, aire du cerveau responsable de la mémoire flash » qui « renforce à distance l’activité des neurones de l’hippocampe autour (d’un) événement et des souvenirs associés ». Pour que cette mémoire soit décuplée, il faut un événement particulier et inattendu, un contexte qui sorte de l’ordinaire. « Les souvenirs d’événements proches dans le temps sont reliés les uns aux autres dans la mesure où ils partagent le même terreau biologique. À chaque nouvelle expérience, un ensemble de neurones est « alloué » par le cerveau pour former un nouveau souvenir. Lorsqu’un souvenir important se forme, il est associé à l’activation d’une assemblée de neurones dont la plupart seront également activés pour des souvenirs anodins qui le précèdent et le suivent ».

L’apprentissage est renforcé par le contexte et gagne à être associé à des expériences « surprenantes et fortes » : varier les médias, mélanger les genres, les supports…

C’est une piste que certains enseignants explorent déjà avec leurs élèves. Je vous suggère maintenant de l’appliquer à travers le sketchnote. Ce recueil de planches visuelles vous aidera à mémoriser les scènes de vos vacances, à associer des détails à un événement. Croquinoter vous aidera à fixer certains détails mêmes insignifiants, comme sur une photographie.

Plus tard, vous regarderez vos carnets de notes avec intérêt et amusement. Vous les montrerez à vos amis et ils feront des envieux. A votre tour, vous pourrez leur expliquer la technique du sketchnote, et eux aussi découvriront cette pratique qui deviendra vite un loisir. Car ces notes sont graphiques mais surtout ludiques. Vos sketchnotes évolueront dans le temps, vous aurez peut-être une période bleue, cubiste ou africaine, comme Picasso, ou quelque chose d’approchant (en toute modestie). La période bleue de Picasso était sa période dépressive (couleurs froides), donc je vous la souhaite plutôt bleue azur ou mer de Grèce.

Amusez-vous !

Dessiner ses rêves

Visualisez en le dessinant, le rêve de la nuit dernière dont vous souvenez peut-être. Interprétez-le, en noir et blanc ou en couleur, nommez les personnes présentes, retracez le décor, ébauchez l’histoire, et, pourquoi pas, inventez une fin.

Un pas vers la pensée visuelle

Ces notes croquées, sont une variante de ce que les anglo-saxons appellent le Visual Thinking, ou Graphic Recording. Organiser vos pensées pour mieux communiquer autour, clarifier les idées, partager un sujet ou résoudre un problème. Pour cela, il faut voir, regarder, filtrer les informations, les reporter sur le papier, les illustrer succinctement, car « une image vaut 1000 mots » (Confucius).

Ces notes croquées, vous pouvez les noter au brouillon, puis les retranscrire au propre ultérieurement, quand vous aurez un moment de tranquillité.

Ex-libris

Notez à l’intérieur de votre carnet un prénom et un numéro de téléphone (avec l’indicatif du pays), au cas où vous le perdriez (vraiment ce serait dommage d’égarer ce précieux témoignage des différents moments de vos vacances).

Cette vignette intérieure peut-elle même faire l’objet d’un sketchnote particulier. Pour vous inspirer, voici un choix étoffé d’ex-libris sur Pinterest.

Si vous parvenez à simplifier votre ex-libris (pas de traits trop fins, plutôt des aplats de noir), transformez-le en tampon en numérisant votre dessin (par simple photo). Si vous n’avez pas de fabricant de tampon par chez vous, vous en trouverez sur internet à qui vous pourrez envoyer votre image au format jpg. La pomme de terre est aussi une manière de réaliser son tampon soi-même, mais risque de mal vieillir ou de se faire becqueter par les poules.

L’avantage de fabriquer un tampon, c’est que lorsque vous aurez une grande quantité de carnets comme-un fan-que-vous-serez-bientôt-je-n’en-doute-pas, vous serez content de pouvoir imprimer votre « griffe » au tampon encreur.

Voici le site d’un tampographe fameux plein d’humour et non politiquement correct (le tampographe Sardon). Si vous avez un peu de budget, les tampons peuvent aussi bien sûr, agrémenter votre recueil. Je suis pour la variété des techniques, même dans le sketchnote.


Mes croquisnotes et après ?

Votre sketchnote est une réussite, ou pas… Photographiez votre page du jour et partagez-la sur Insta, twitter ou Facebook, sans retenue et sans complexe, ou bien conservez-la tel un journal intime.

Envoyez-la par mail à votre grand-mère, elle sera contente d’avoir de vos nouvelles en attendant votre carte-postale.

Ce recueil de sketchnotes sera votre fierté !

Portraitiser les locuteurs

13/07/2018

Portraitiser les locuteurs

J’ai toujours trouvé que le portrait était un exercice très difficile. Difficile de faire ressemblant, d’exprimer le caractère d’un visage, de caricaturer, ou de dessiner deux yeux symétriques. Autrefois, pendant les cours de dessins, j’évitais soigneusement les visages, j’oubliais de faire les yeux, car ils n’étaient jamais comme je les voyais. Un visage raté ou inexpressif entraîne dans l’échec la silhouette toute entière et l’œuvre au final. J’ai dessiné des nus très réussis sans yeux et sans bouche, avec un vague trait pour marquer l’emplacement des yeux afin de laisser deviner l’orientation du visage.

Aujourd’hui, je n’imagine pas un visage sans expression. Un personnage sans regard est inexistant : un individu sans unicité, sans valeur, et au final, sans importance.

Sur mes fresques, je veux des hommes et des femmes. Des silhouettes, des personnages pour signifier un groupe, une foule anonyme, quelques autres exprimant une humeur, mais surtout le portrait des locuteurs de manière à donner de l’humanité à l’ensemble. On s’amuse à chercher un visage que l’on connaît. Il n’a pas la fidélité d’une photo et tant mieux. Chacun cherchera un petit air connu dans ce visage croqué rapidement. Sur le portrait je mets un nom pour qu’il n’y ait pas d’erreur. Je rehausse d’un peu de couleur, et éventuellement, je le place dans un médaillon de style rococo, Louis XV ou Napoléon III vaguement suggéré, histoire de le rendre un peu plus familier.

L’image « enrichie » ou « rich picture »

14/02/2018

L’image  « enrichie » ou « rich picture »

L’image « enrichie », telle que je l’entends ici, permet de revenir sur ce travail, en éliminant certaines choses, en en ajoutant d’autres. À tête reposée, il faudra replacer quelques dessins pour la compréhension, soigner le trait, faire une mise en couleur. Ajouter des symboles, des pictos, du texte. Discuter de ce que l’on choisit de montrer dans l’illustration. C’est un mode de communication objectif, une vision corporate, plus efficace qu’un texte seul.

Je recrée donc une illustration sur papier ou à l'aide de la tablette graphique. Je fais des retouches et une mise en couleur. Il s’agit de réaliser une image finalisée illustrant la richesse de l’événement qui s’est déroulé. C’est une nouvelle image qui reprend les thèmes abordés durant la réunion.

L’image finale peut ainsi être imprimée, affichée dans une salle de réunion, synthétisant le travail fourni par l’équipe ou par le conférencier.

L’image « enrichie » peut être diffusée sur les réseaux sociaux, ou uniquement auprès des parties prenantes.

L’image « enrichie » est parfois entendue dans le sens d’une image présentant des textes, des croquis issus d’une réunion de travail et destinée à rendre compréhensible un cheminement d’idées au sein des entreprises.

Elle fait alors partie d’un processus utilisé dans les ateliers de Facilitation graphique.

Cette image là nous aide à voir des connections que nous risquerions de louper. Elle « digère » les informations et aide à identifier des thèmes qui pourront être encore éventuellement approfondis par la suite. Elle peut à ce moment là être une image éphémère, outil de travail des parties prenantes associées au projet.

C’est un outil pour présenter, expliquer, affirmer des choix ou des décisions prises par la Gouvernance, identifier, articuler les défis à venir, accorder l’ensemble du personnel à une vison stratégique, esquisser la direction à suivre dans l’organisation de l’entreprise.

Au final, l’image « enrichie » illustre une vision. Elle suscite la curiosité, elle incite à la réflexion autour des solutions à apporter ou à adopter. Elle peut réussir là où le verbe et le texte échouent. Elle peut être un pas vers la résolution d’un problème ou l’explication de situations complexes.


Ci-dessus, l'image « enrichie » réalisée pour l’association Recherche Qualité Environnementale suite à mon intervention en scribing. L'illustration complète est ici (voir le paragraphe : « Fresque de synthèse : vers un chantier zéro carbone »)

Quelques exemples de « rich pictures» sur différents sites :

http://www.ludiccreatives.com/design-portfolio/rich-pictures-and-infographics.html

https://www.inscriptdesign.com/rich-pictures/

Facilitation visuelle : le fond et la forme

07/02/2018

Facilitation visuelle : le fond et la forme

La typo demande un soin particulier : Les lettres seront ainsi dessinées avec grande attention. Autrefois, en école de communication visuelle, on apprenait à dessiner le lettrage. Je n’ai jamais aimé cela, sauvée par l’arrivée du MacIntosh et d’illustrator. Aujourd’hui, je redécouvre la typographie, le plaisir et la difficulté de dessiner de belles lettres, la richesse des typos. Je me jette sur tout ce que je trouve en librairie comme livres sur les affiches et le lettrage. La lettre peut aussi être détournée dans un esprit d’anthropomorphisme, comme le fait si bien Laurent Berman, véritable virtuose de la typographie et du caractère manuscrit. Ses personnages sont des lettres de caractère dans tous les sens du terme. Expressives, à motifs, typées, élégantes.

Chez les affichistes aussi l’inspiration est sans limite, dans l’humour, avec un équilibre savant entre le lettrage et l’illustration. Il suffit de regarder les lithographies du XIXème et de la première moitié du XXème siècle.

Le facilitateur doit faire émerger des idées visuelles, et les cadrer, pour les rendre lisibles à son public. Ainsi, il doit composer dans sa feuille de manière claire, et agrémenter sa composition pour la rendre agréable. Le fond sert la forme et vice versa. Le procédé n’a rien de nouveau, mais le résultat est à chaque fois unique. Le tout n’est pas de réaliser une œuvre d’art, mais un document pédagogique, sympathique et convaincant. Ce langage du facilitateur graphique évolue selon son auteur, qui puise dans sa culture des symboles et des signes pour former un langage visuel efficace. Les sources d’inspirations de la facilitation graphique viennent du passé et de l’histoire du graphisme, au service d’un large public prêt à se régaler d’idées transformées en images.