04/03/2019
Mais un fort taux de glucose dans le sang entraîne également une dégénérescence cérébrale. À un taux de glucose élevé dans le sang correspondrait un petit hippocampe « et une structure hippocampique en piètre état », selon les chercheurs (Neurology, Centre médical de Berlin, 2014).
Avoir un hippocampe rabougri ne me dit rien qui vaille. Et je préfère faire la guerre à une mémoire qui me joue des tours. Charles Aznavour entraînait sa mémoire en étudiant des langues étrangères chaque jour pendant quelques heures. À chacun sa technique.
Ne jamais s’arrêter d’entretenir sa mémoire semble être le secret de la bonne santé structurelle de l’hippocampe. Ma préférence va au dessin (figuratif et sémantique) associé au mot (sémantique et lexical), accompagné de sa vocalisation (je dessine en écoutant un discours, que ce soit pendant une réunion, une conférence, ou un podcast). Trois facteurs sur lesquels semblent s’entendre les chercheurs pour assurer un bon ancrage de la mémoire, et que je réunis pour ma part dans le croquisnote.
En même temps, je combats le sucre qui met à mal le fonctionnement de cette mémoire.
Car l’aliment est présent partout : alcool, chocolat, biscuits, yaourts industriels, mais aussi biscottes, pain, plats préparés et même bouillons cubes…
Le sucre nous rend dépendant, c’est une drogue plus forte encore que l’héro ou la cocaïne, d’après la conclusion d’expériences menées sur les rats.
J’ai donc décidé de rayer le sucre de mon alimentation sous sa forme saccharose (sucre de canne, sucre de betterave). Je conserve très occasionnellement le sirop d’agave (fructose concentré).
Ainsi, j’ai mis il y a un an de ça plusieurs semaines à m’en défaire, avec beaucoup de volonté et de stratégie, en commençant par faire la chasse aux sucres cachés dans tous les aliments de mes placards de cuisine (biscottes, bouillon cubes…).
Je vous défie d’acheter des biscottes sans sucre dans certains supermarchés ! Les miennes proviennent de magasin bio, à peu près le seul endroit où j’en trouve. J’ai vite compris que les seuls aliments industriels ne contenant pas de sucres ajoutés doivent avoir la mention inscrite lisiblement sur l’emballage. Dans le cas contraire, le sucre sera noté dans les ingrédients, en tout petit quelque part sur la boîte.
Dans les magasins d’alimentation, pas de rayon « sans sucre ». Vous trouverez des rayons sans gluten, sans sel, mais étonnamment, jamais « sans sucre ». Donc, pour moi qui ai rayé le sucre ajouté dans les aliments transformés industriellement, c’est le parcours du combattant : les courses prennent plus de temps, surtout les premières semaines ; avec l’entraînement, j’ai vite compris quelles sont les marques qui proposent des produits sans sucre et j’y retourne plus vite la fois suivante.
La meilleure bataille contre le sucre consiste à manger le moins possible d’aliments transformés. Retour donc aux marchés frais ou aux paniers bio pour les légumes, les fruits, la viande, le poisson, le fromage… C’est doublement bénéfique pour votre santé et la planète avec moins d’emballages de toutes sortes. La plupart du temps, un simple papier entoure l’aliment ; vous venez avec vos sacs réutilisables ou votre caddie, meilleur ami des courses « soutenables » ou zéro déchet.
Comme il est difficile de se passer de glaces l’été, j’ai testé la sorbetière, et fait tester à ma famille. Les résultats sont concluants. Je mets dedans ce que je veux, et surtout pas de sucre ! Comme pour les gâteaux sans sucre blanc ou roux ou comme le chocolat sans sucre, il est tout à fait possible de sucrer en utilisant des fruits (concentrés de fruits faits maison par exemple). Lire l’excellent livre de recettes de Philippe Conticini et Anne-Sophie Lévy-Chambon "Gâteaux et gourmandises sans sucre, des desserts vraiment délicieux sans sucre ajouté et sans édulcorant", éditions First. Ceux qui le souhaitent peuvent sucrer avec un concentré de fructose (sirop d’agave) ou de sirop d’érable qui est un saccharose avec un indice glycémique moindre que le sucre blanc ou roux (et en général on en met moins), et c’est excellent. Peu à peu, je vous rassure, on s'habitue très bien à manger sans sucre. Le seul problème, c'est que lorsque vous aurez à manger un dessert classique quelque part, vous le trouverez bien trop sucré à votre goût.
L’effet « manger sans sucre ajouté » associé à une heure de marche journalière a été immédiat : perte de poids régulière sans régime particulier, donc en mangeant de tout, et même en me permettant quelques écarts avec des « desserts » classiques et quelques verres de vin le week-end (relations sociales oblige); s’ensuivent un vrai regain d’énergie, un meilleur moral, et des articulations bien huilées.
Parallèlement, je continue donc à entraîner ma mémoire dans les conférences et à travers mon activité de scribing avec l’écoute dite « active » : j’écoute en dessinant. Je classe, je hiérarchise, je synthétise les discours, les émissions de radio, pour moi d'abord, et pour les autres lorsque je partage mes dessins sur les réseaux sociaux.
24/02/2019
Les multiples conférences parisiennes sont un bon moyen pour s’entraîner au sketchnoting. Elles sont gratuites, ont lieu à toute heure de la journée, dans des lieux qui ne se visitent pas, donc que vous n'auriez jamais pénétré en temps normal. Vous en trouverez bien une qui entre dans votre emploi du temps. Je privilégie celles qui ont lieu le soir, mais parfois j’opte pour une demi-journée quelque part : à La Banque de France pour une conférence sur les taux de change dans les pays africains, par exemple.
Le sketchnote me permet de travailler ma concentration : rester concentrée d’un bout à l’autre d'une conférence est un défi. Je choisis souvent des sujets d'actualités. Cela me permet de les approfondir et d'entendre divers avis autour d'un sujet donné. Je suis à l’écoute, attentive à qui parle, je retiens les visages puisque je les esquisse noir sur blanc. J’attrape au passage les messages clés ou je note une métaphore suggestive et amusante à illustrer.
Ce soir, j’emporte mon matériel en l’amphithéâtre Marie Curie de La Sorbonne pour une conférence sur la qualité de l’air. En l’occurrence, l’air ici sent l’encaustique. Il faut bien nourrir tout ce chêne qui nous entoure, du plancher aux pupitres des gradins en passant par les marches des escaliers qui craquent.
Un cahier que j’ouvre à une double page vierge, des stylos, quelques feutres. En attendant le début des débats, j’inscris le sujet de la conférence, la date, le lieu. J’ai un peu de temps, je m’amuse avec les lettrages. Parfois, il m’arrive de mieux m’organiser en anticipant la rédaction du titre avant de venir.
J’ai l’angoisse de la page blanche, et peur de rater quelque chose. C’est idiot : si je rate, je jette et recommence à partir de ce qui sera devenu un brouillon.
Air Care, « Air pour Tous, Tous pour Air », « to make our air great again », la politique de l’air à travers le plan climat de la Mairie de Paris, les effets néfastes de l’air pollué expliqués par un pneumologue, la mobilité des polluants dans le monde et les échanges de datas d’une ville à l’autre, comment trouver les clés du climat et éduquer à l’air. Vous retrouverez une bonne partie de la conférence résumée en sketchnotes sur mon site.
Quelques jours plus tard, je vais à la Maison de l’Europe pour une « réunion participative sur le thème de l’Europe de l’écologie ». La salle fait salle comble. Le sujet déplace les foules. Tous âges confondus. Je tiens mon cahier sur les genoux, car ici, pas de pupitre !
Il y a plusieurs façons de sketchnoter :
Je peux choisir de tout noter en noir et blanc, avec un stylo « Pure Liquid Ink de Pilot » : je note les thèmes importants, quelques phrases clés, je graisse la typo des mots importants qui feront les titres. Si j’ai le temps, j’ajoute quelques dessins ou pictos. Dans tous les cas, je fais de rapides portraits. Jusqu’à aujourd’hui, mon erreur est de me placer en haut des gradins ou en fond de salle pour ne pas être dérangée. Ma nouvelle résolution est de me placer dans les premiers rangs du public, tout d’abord pour mieux voir les traits des locuteurs et les dessiner sur le vif (pour ce faire, arriver dans la salle suffisamment tôt !). Lorsque je suis trop loin, je décrypte mal les visages et suis obligée de recourir à des photos trouvées sur internet postérieurement à la conférence.
Car en effet, rien n’oblige à tout dessiner immédiatement.
Souvent il m’arrive de réaliser l’illustration a posteriori : retravailler une mise en page, la distribution des titres, les couleurs. Le résultat est différent ; cela demande d'y investir du temps, mais c’est une option acceptable pour une image impactante. L’illustration est plus aboutie, mais aussi plus dynamique et souvent plus synthétique. J’enrichis les lettrages, car je prends le temps de choisir ceux qui me paraissent adéquats en style et en taille par rapport au sens des mots. Je peux même me fendre de lettrines sophistiquées. Le dessin terminé, je numérise et colorise sur palette graphique.
J’aime attribuer à chaque page son locuteur. Car il est courant que chacun des intervenants présente son approche, sa philosophie ou son entreprise. Un intervenant, un portrait, un thème, un titre principal, une couleur qui accompagne le noir. Pour finir, j’assemble les images de chacun des intervenants en une seule, comme une grande fresque synthétique qui résume le débat.
Une fois satisfaite de mes images, je les partage sur les réseaux sociaux. Ce sont des thèmes d’actualités, traités par des experts, qui intéressent le grand public, et qui sont agréables à lire et à regarder.
13/02/2019
Il est difficile pour l’auditeur d’attraper les informations importantes pendant un débat d’idées aussi complexes que nombreuses. Or ce que l’on veut de son audience pendant une conférence ou un Forum, c’est qu’elle partage nos idées et qu’elle y adhère, ou tout du moins qu’elle s’y intéresse, que sa curiosité soit éveillée.
La capture graphique en direct, aussi appelé scribing, est un outil support pour les débats, les réunions, séminaires ou conférences. C’est un outil qui permet de visualiser par un processus spécifique les thèmes abordés, les différentes idées esquissées, les problèmes soulevés.
Le livrable est sous forme de grande fresque regroupant mots et dessins. La valeur de ce travail est de créer un visuel à partager, compréhensible et de la meilleure allure possible. Une création plus à valeur de facilitation qu’à valeur artistique.
Le facilitateur graphique pourrait être réduit à sa rapidité d’écriture : dessiner « plus vite que son ombre », le credo du facilitateur graphique ? Écrire des kilomètres de fresque pour retranscrire les débats ? Se dire « j’ai une intervention de tant d’heures en facilitation graphique, donc je vais remplir tant de mètres de fresque ».
Il faut songer que dans un débat de plusieurs heures, certains sujets peuvent se recouper (ou pas) suivant l’ordre du jour. En tout cas, il n’y a pas d’obligation à noircir la feuille au kilomètre, aussi longue dans le temps que puisse être la conférence. Les mêmes thèmes traités pourront être regroupés aux mêmes endroits de la fresque. Il n’y a pas lieu de respecter la chronologie des informations comme c’est le cas dans un compte-rendu écrit.
C’est un exercice qui demande de la concentration de la part du facilitateur graphique, une grande écoute, et aussi une bonne forme physique pour rester debout des heures durant, tenir les feutres et tendre le bras pour balayer la feuille de haut en bas.
C’est pourquoi il est important de s’avoir s’arrêter pour écouter la conversation, éventuellement reformuler, et décider de ce que l’on écrit. Prendre un peu de recul n’empêche pas de se mettre à écrire très vite quand les propos s’y prêtent.
Mais ce qui est important, c’est bien :
Cela signifie donc de passer la conversation dans un filtre qui analyse, synthétise, évalue la conversation de façon à y donner un sens. Les notes ne sont pas prises au fur et à mesure. Ce qui est noté en paraphrasant est uniquement ce qui paraît essentiel ou qui donne du sens. Les idées ou thèmes ainsi notés peuvent être répartis dans la page, c’est pourquoi la prise de notes n’est pas linéaire, telle qu’on la prend en général dans un cahier, mais plutôt spatiale comme une peinture sur une toile, et répartie dans la page selon la préférence du facilitateur et la logique des débats.
En cela, un orateur très synthétique qui annonce les différents points abordés lors de la suite des débats est une manne pour le facilitateur graphique qui saura déjà comment anticiper sa mise en page. Cela vaut pour un débat assez long.
Dans le cas où les exposés n’ont pas de liens a priori les uns avec les autres, j’aime utiliser à ce moment là un carton par locuteur, ou bien attribuer à chacun une zone bien définie dans la feuille.
Les facilitateurs graphiques ne sont pas des illustrateurs, ni des artistes. Ils sont tout d’abord là pour donner à voir les idées qui émergent. Ils ne travaillent pas sur un texte déjà édité. Ils alimentent leur dessin à partir du débat en direct, et permettent que les conversations se prolongent. Ainsi, le groupe, le public, ou les participants, seront plus à même de créer de nouvelles connections.
C’est un exercice intellectuel épuisant, et lorsque j’ai fini ma fresque, j’ai le sentiment d’avoir vaincu le Mont San Petrone (tout de même pas l’Everest ou l’Annapurna, faut pas exagérer). Et je pourrais volontiers m’exclamer tel ce moine copiste penché au-dessus de son ouvrage en vélin et épuisé par son labeur : « J’ai fini, pour l’amour du ciel donnez-moi à boire » (Leila Avrin, Scribes, Script and books : The Book Arts from Antiquity to the Renaissance).
J’ai réussi à emprisonner la mémoire sur le papier, en déroulant du texte et des images comme sur un parchemin, à l’aide d’outils et tout un matériel spécifique pour fixer ou supporter les planches de carton. Quant à mon support papier, il tient plus du rouleau de papyrus des égyptiens que du Codex. Il est facilement transportable et peut-être conservé en rouleau sur une étagère ou dans un seau à la verticale.
Quel que soit le support de la fresque, papier ou carton, j’y annoterais bien en marge cette déclaration monastique concernant le Scriptorium (salle de monastère réservée aux copistes) : « Daigne bénir, Seigneur, ce lieu de travail de Tes serviteurs afin qu’ils saisissent le sens de ce qui y sera écrit, et qu’ils mènent à bien leur tâche » (George Haven Putman, Books and their Makers During the Middle Ages). Une compréhension suivie d’un engagement, qui, s’il n’avait pas d’importance dans les monastères, (et alors que le moine copiste devait être suffisamment soumis pour ne pas avoir envie de modifier un texte) résume assez l’essence de ces fresques synthétiques et imagées d'aujourd’hui. Comprendre ce qui se dit pour le retranscrire au plus juste.
Cicéron ou d’autres philosophes retranscrivaient des échanges sur des questions artistiques, scientifiques, éthiques et philosophiques, non pas sous leur forme réelle, mais des « versions idéalisées de conversations ayant eu lieu dans des endroits comme la Villa d’Herculanum » (Quattrocento, Stephen Greenblatt).
Ainsi vont ces fresques, comme une autre version des conversations, dialogues et débats, s’appliquant à créer une voie originale, « non pas en s’abîmant dans la prose des grands maîtres, mais en l’assimilant » (Quattrocento, S.G., p.142). Assimiler et comprendre, pour restituer autrement.
De la même manière, alors que « pour prouver son utilité, l’entreprise humaniste ne devait donc pas se contenter d’engendrer des copies passables du style classique, mais viser un objectif éthique plus vaste » (Quattrocento, S.G.), nous retrouvons cet objectif dans le sketchnote, avec cette volonté de compréhension des enjeux, thèmes et idées, discutés par des acteurs impliqués, ce souhait de prolonger, faire partager et perpétuer les conversations dans un but de transmettre le savoir à travers une autre voie que le compte-rendu écrit.
Aussi sur ces fresques voit-on apparaître des sortes de semences de choses parlées, qui se retrouvent là, couchées sur le papier. Elles y sont pour être redistribuées, pour être vues et lues. Elles sont un passage transitoire pour perpétuer l’événement. Elles sont les particules élémentaires d’un discours : une matière, et du vide.
Pourquoi cet artifice visuel ne pourrait-il entrer dans une salle de conférence ou de débats ? Ce langage original participe bien à la grandeur des débats. Il peut attirer le public, retenir les participants, faire qu’ils s’attardent un peu plus, par la curiosité de voir à quoi l’œuvre ressemblera une fois achevée. C’est une interprétation créative, une vision novatrice, un plaisir pour les yeux.
07/02/2019
Qu’est-ce-que le scribing ?
Issu du mot scribe, le scribing implique de prendre des notes, mais pas seulement : ces notes, synthétiques jusqu’à l’ultime, permettent d’embrasser en une image les grands thèmes et les idées abordées par les locuteurs. Pour cela, des mots-clés et des dessins sont juxtaposés pour retranscrire les débats.
Durant une conférence, les intervenants s’enchaînent, les mots courent et s’évanouissent.
Au mieux, les conférences sont filmées, les débats sont notés dans un compte-rendu qui sera disponible en un fichier pdf.
Mais qui lira ces écrits ? Qui prendra le temps de regarder ces films ?
Long et détaillé, le compte-rendu reste une source documentaire à laquelle se référer au besoin.
La vidéo d’une journée de conférence est un recueil d’extraits comme s’y l’on y était.
Le scribing s’apparente à l’art mural, il habille l’espace et fait partie du paysage, il est présent comme un décor, il est unique et imprégné d’un récit inédit, et il fait consensus.
Quel intérêt ces captures visuelles pour la visibilité de ma conférence ?
C’est un support visuel dynamique, synthétique et coloré.
Les participants peuvent retrouver, à l’heure de la pose, ces instants croqués au feutre qui seront présentés aux abords de la salle sur un panneau mural. Sur ce panneau sont regroupés, côte à côte, sur un axe horizontal et vertical, telle une grande carte épinglée au mur, les cartons illustrant la synthèse imagée de chacune des interventions.
Sur ces cartons, le principal est écrit, puisqu'il n’y a pas de place pour le superflu. Des mots, des bouts de phrases, du court et efficace, une transcription juste et rapide. Le facilitateur graphique enrichit ces mots de dessins et de métaphores. Il assemble les images comme les ingrédients d’une recette. Il équilibre le texte et l’illustration, pour rendre le tout attirant pour l’œil, sans en faire une œuvre d’art. Juste pour qu’elle soit appréciable à regarder. C’est un résumé à lire comme un tableau. Une illustration géante avec un texte éparse.
L’émotion provoqué par ce mur de texte et de dessins développe un sentiment d’appartenance. Ces fresques pertinentes seront lues. Qui reste indifférent à un mur coloré racontant des histoires ? Qui passe sans s’arrêter devant une peinture, un trompe-l’œil ou un graffiti habile sur un mur dans la rue ? Retrouver cette idée dans un Forum pour une journée de conférences, c’est une valeur ajoutée, une gourmandise au sortir du repas, un paysage nouveau que l’on découvre avec surprise.
Chacun des cartons ainsi illustrés sur chacun des locuteurs est un objet unique, un présent qui peut leur être offert. Offrir l’image de son intervention à l’intervenant est un bon moyen pour le remercier de sa participation à l’événement. Sur ce carton, il retrouve ses mots, l’essence de son exposé, et éventuellement son portrait esquissé.
L’intervenant se sent lu et écouté, ses mots prêts à être partagés.
Pourquoi utiliser le scribing ?
Ces captures visuelles permettront à l’événement de:
Et cela à travers des visuels rafraîchissants, faciles à lire et à mémoriser.
L’art provoque des émotions, et, alors que les facilitateurs graphiques ne souhaitent pas que leurs productions soient considérées comme de l'art, ils produisent une fresque, livrent une image, et provoquent forcément un sentiment d’émotion, certes bien plus modeste qu’un bouleversement devant une peinture de Giotto ou un pochoir de Banksy. À travers cette fresque, c’est un regard neuf sur l’exposé entendu.
J’ai lu dans un numéro de La Recherche que l’émotion participe à la mémorisation en stimulant une région de l’hippocampe : c’est scientifiquement prouvé !
Les critères pour avoir une fresque remarquable et remarquée
Bien exposée, la fresque synthétique sera visible de tous. Sur cette carte, le public retrouvera tout au long de la journée tous les sujets abordés, ainsi que tous les intervenants.
Les titres annoncent le sujet ; écrits en gras et en grand, ils sont clairement visibles. Les thèmes sont répartis et classés dans la page. Des mots-clés expliquent le contenu de chacun des sujets. Des dessins et des pictos illustrent et accompagnent le texte.
En un coup d’œil, le participant voit de quoi l’on parle, et comprend le sujet abordé.
S’il s’est absenté, s’il a raté une partie des débats, il retrouve là la quasi intégralité des sujets traversés version sommaire.
L’assemblage des cartons ainsi illustrés peut se faire sur une structure modulaire. Chacun des cartons vient enrichir la fresque au fur et à mesure de l’avancée de la journée.
C’est un divertissement utile, sans nul doute.
Le facilitateur graphique, garant de ses captures visuelles
Le praticien visuel jouit de la liberté d’intervenir sur sa fresque comme il l’entend. Par respect pour sa profession sans pour autant en avoir signé une quelconque charte, mais par l’intégrité que lui confère sa position, cela l’oblige à intervenir de manière objective, sans jugement aucun sur les interventions qui se succèdent. Au mieux se permet-il un trait d’humour, souvent à travers des métaphores habilement illustrées.
S’il y a un mode opératoire dans le scribing, un cheminement intellectuel dans l’analyse des informations, une agilité qui mène à la synthèse d’un exposé oral, le rendu couché sur le papier est totalement libre. Une liberté apparentée à celui d’un artiste portraitiste, avec le choix de ses outils : feutres, peinture ou crayons.
Que vous demandiez à Marie, Aurélie, Paul, Michel, ou Valérie, de réaliser des prises de notes imagées, le résultat sera différent : le graphisme, les couleurs, la mise en page, tout au plus pourrez-vous reconnaître ici un monde proche de la BD, ou là quelque chose qui tient plus de l’illustration, ou bien encore, ici, un graphisme épuré impactant comme un logo. La cohérence est à chercher d’un sujet à l’autre, dans le grand tout qui formera la fresque au final. L’esthétique n’est pas de prime abord le but recherché ou avoué, ni une valeur d’adhésion.
Dans une salle de conférence à météo anticyclonique traversée par un air sec, cette fresque apporte un peu d’alizé et de fraîcheur.
Qui effectue les synthèses visuelles ?
Les synthèses visuelles sont réalisées par des « facilitateurs graphiques », ou "visual practionners" dirait-on en anglais, issus de formations diverses et variées (universités, grandes écoles, designers, architectes, personnes venant du marketing ou de l’informatique). Ils sont créatifs, connaissant le monde de l’entreprise, ses enjeux économiques, environnementaux, sociaux et sociétaux, et sont capables de synthétiser des sujets complexes et techniques en des contenus très synthétiques, agréables, amusants, rafraîchissants.
Ils sont rompus à la pensée visuelle, cette capacité de visualiser des idées abstraites.
Ils sont là pour faire le lien entre des techniciens, scientifiques, économistes, élus, spécialistes, soit toute une diversité d’intervenants, et leur auditoire.
Car pendant ces conférences, qui lira ces longs PowerPoints projetés à l’écran, la plupart du temps sous forme d’un texte noir et dense écrit sur un fond blanc aussi lumineux qu’éblouissant, et dont le contraste violent fatigue les yeux autant que s’il s’agissait de lire « Le pendule de Foucault » d’Umberto Eco sur un écran d’ordinateur plutôt qu’une liseuse adaptée pour l’exercice de la lecture ? Qui se plongera dans d’interminables textes sur tel ou tel sujet technique et spécialisé ? Peu de gens prendront le temps de s’arrêter pour étudier et compiler ces textes. Peu de gens auront les moyens et l’envie de s’y plonger. Même de retour chez soi, les comptes-rendus rédigés seront rarement lus. L’inanité de ces textes pour la majorité du public est malheureusement sous-jacente.
Le scribing reste une voie d’information parallèle, utile, rapide à parcourir, attrayant, amusant. Une information complémentaire, un support illustratif, une « cerise sur le gâteau ». C’est un sommaire simplifié des éléments présentés, un recueil imagé d’un événement donné.
Comment communiquer autour de ces fresques ?
Tout d’abord, exposer ces fresques, c’est déjà communiquer, c’est créer un lien avec le public, un prétexte pour discuter et débattre autour de ce qu’il s’est dit.
Le public photographiera lui-même la fresque ou des extraits, pour les conserver en souvenir, s’y plonger ultérieurement ou les partager, afin qu’elles soient regardées et partagées à nouveau.
Dans un second temps, les images numérisées seront retouchées et nettoyées pour être diffusées sur les réseaux sociaux.
Dans un troisième temps, les clients s’approprieront ces images pour en utiliser le support comme ils l’entendent. Ils diffuseront une image mémorable, porteuse de sens et de contenu.
Cette carte synthétique et visuelle est une passerelle narrative entre les orateurs, spécialistes, techniciens, et le public. On y navigue comme à mi-chemin entre un tableau et un livre. Seulement, à la différence, l’accès est immédiat, et le message clair et fédérateur.
Il n’y a pas de gros suspense lié à ces fresques (si ce n’est dans le traitement graphique) puisqu'il s’agit d’une traduction, une retranscription aussi synthétique que fidèle.
C’est à chaque fois pour le facilitateur graphique un moment privilégié de se trouver là, avec la responsabilité de rapporter l’oralité, de traduire et interpréter en couchant sur le papier ce qu’il entend.
20/01/2019
N’importe quelle personne à la fibre un peu artistique n’est pas capable de faire une capture visuelle.
Il faut avoir un esprit de synthèse associé à une grande qualité d’écoute qui vient de cette envie de mettre son trait au service d'une organisation pour clarifier une pensée, définir des objectifs ou les faire partager.
Ce "dessinateur" doit connaître le monde de l’entreprise, son vocabulaire et ses enjeux réglementaires et sociétaux, acquis à travers son expérience, sa formation et une veille documentaire régulière.
Trier, choisir ce qui sera reporté sur la fresque, reformuler, trouver des images, dessiner les lettrines, des pictogrammes et métaphores visuelles correspondantes, c’est le défi de ce scribe rompu à l'exercice de la prise de notes visuelles.
Pour y répondre au mieux, l’intervention demande du temps de préparation en amont: prendre des renseignements sur les sujets abordés, comprendre ce dont on va parler, s’intéresser aux locuteurs qui seront présents le jour J.
Les échanges avec le client à travers un ou deux rendez-vous téléphonique ou de visu seront précieuses pour cerner le gros du sujet, sans pour autant en maîtriser toutes les ficelles, vocabulaire et savoir technique.
Il faut ensuite penser à la taille de la fresque, sa mise en page, le choix des lettrages, l’environnement graphique, les couleurs, les liens ou la symbolique.
Si l'on connaît le titre de l'événement, mieux vaut l'écrire sur le panneau avant le commencement de la séance. Ce sera toujours du temps gagné pour de se concentrer sur les échanges dès l'ouverture des débats.
Le prix de l’intervention comprend toute cette préparation qui peut être décrite sur le devis qui vous est remis.
La question que se posent les entreprises souhaitant faire appel à une personne qui enregistrera graphiquement leur réunion est la suivante : quel coût pour une capture visuelle de quelques heures ou d'une journée ?
J'ai décrit ci-dessus de quelle façon travaille le facilitateur graphique afin de comprendre le coût de son intervention.
Le facilitateur graphique peut facturer une journée d’intervention aux alentours de 1400 € H.T. (ou beaucoup plus pour des Scribers connus ou multilingues). Le matériel est généralement compris : papier, cartons grand format, marqueurs…
Le prix à la demi-journée est à voir avec chaque intervenant en prise de notes imagées. Certains ne se déplacent que pour la journée complète, c’est pourquoi il est judicieux de penser à le faire intervenir sur d’autres ateliers à l’issu de votre journée événement.
A cela vient s’ajouter le coût du travail numérique sur la fresque réalisée : photo, retouche, nettoyage de l’image, de manière à ce qu’elle soit utilisable sur les réseaux sociaux, en partage dans l’entreprise ou à l’attention des parties prenantes, pourquoi pas pour les remercier d'avoir été des acteurs de l'événement.
Soit, selon le travail à faire, encore quelques heures de travail sur ordinateur avec un logiciel approprié.
Le livrable numérique peut enfin être transmis au client rapidement sur clé USB, par mail ou via WeTransfer dans le cas d’un fichier lourd.
Les facilitateurs graphiques ont souvent leur site sous leur nom propre, ou sous un nom d’entreprise. Ils sont parfois regroupés avec d’autres professions proposant diverses activités de conseil, ou rassemblés dans une association de facilitateurs graphiques, ou dans des sociétés uniquement dédiées à ces activités.
Évidemment, l'incertitude règle quant au résultat de cette fresque. Elle aura la "patte" du scribeur invité. En cela, elle est liée à la notion de confiance. Confiance envers le graphic recorder qui connaît son métier, et qui n'a qu'un but, celui de satisfaire son client et à travers lui l'organisation pour laquelle il intervient.
La fresque n’est pas seulement un recueil de thèmes immortalisés sur un support papier.
Elle est aussi un reflet de l’entreprise à un instant « T ».
Elle retranscrit les choix de l'organisation à travers la vision pour les années à venir, afin d'éviter "l'évaporation du réel", comme le dit Philippe Muray.
Elle rapporte les valeurs, lorsque ces dernières sont précisées, ainsi que les actions prévues pour que ces valeurs s'ancrent dans la réalité de l'entreprise et ne soient pas seulement une nébuleuse bien-pensante.
Je souhaite que sur mes fresques, « tout le monde voit la même chose alors qu’en littérature tout le monde voit des choses différentes » (Philippe Muray). C'est l'accomplissement d'une vision commune, un objectif défini, un cap qui rallie les salariés de l'entreprise et qui fait sens à leur travail.
Même si l'intervention est bien préparée, le facilitateur graphique aura toujours à gérer l'imprévu au cours de cette synthèse visuelle. L'imprévu est aussi ce qui génère la créativité et l'innovation dans la découverte de nouvelles pistes de réflexion encore inexplorées. C'est la confiance envers l'autre, envers des individus et des personnalités différentes qui font la richesse d'un groupe. D'après Julia De Funès dans son livre La comédie (in)humaine, "comme le courage, la confiance s'étend par l'exemplarité" et, citant Hannah Arendt "la confiance des uns aurait le pouvoir d'engendrer la fidélité et la loyauté des autres" (Hannah Arendt, La crise de la culture).