12/11/2018
Une salle recouverte de grands, très grands tableaux verts, ardoises sur lesquelles chacun peut dessiner, écrire et témoigner à l’aide de craies de couleur.
Des photos d’Hiroshima, des messages des survivants, l’heure de l’explosion de la bombe…
L’histoire de l’école Fukoromachi, dont un seul mur resté debout après l’explosion de la bombe « Little Boy », celui qui supportait le tableau vert d’une classe. Les habitants l’ont utilisé pour y laisser des messages.
Des murs de partage, où les écrits s’effacent et sont à nouveaux recouverts, où les dessins se superposent.
Le public visiteur devient acteur, et s’engage dans le partage et l’échange, la production d’une mémoire.
Un jeune homme a pris un tabouret, qu’il a posé sur une table, de manière à atteindre le plus haut du tableau. Là-haut, tout en haut, il a écrit son nom et celui de son amie, à 3m du sol, si haut que personne n’ira l’effacer. Juste à temps avant le sifflet du gardien : interdiction de superposer le mobilier pour monter dessus et atteindre les hautes sphères (pour des questions de sécurité).
N’importe, il y est arrivé.
Quant à moi, j’ai écrit et dessiné à ma hauteur, en tendant légèrement la main vers le haut.
Ces tableaux verts sont exactement ceux que l’on trouve à l’école, mais si vastes, avec la possibilité d’y écrire et dessiner en toute liberté.
Dessiner sur les murs, écrire nos pensées, afin qu’elles soient vues de tous, partagées.
L’idée de Jean-Luc Vilmouth ici est d’augmenter la perception du réel, restaurer un dialogue.
Si je parle de cette exposition, c’est que son concept est en lien avec le travail de facilitateur graphique.
Dialoguer, échanger, communiquer, c’est le propre de la facilitation graphique, avec pour résultat le souvenir d’un événement sous la forme d’une synthèse visuelle.
On retrouve à la fin un dessin surdimensionné, une œuvre collective tissée d’impressions, de réflexions, une mémoire en mouvement.
Si celui de Jean-Luc Vilmouth est perpétuellement effacé pour être recouvert, nos fresques visuelles en temps réel seront immuables au terme de l’événement.
Si les dessins du « Café Little Boy » sont parfois dénués de sens, (bien que l’artiste souhaite que le public exprime des idées à travers ces dessins et ces mots) ceux de la fresque visuelle ne sont jamais gratuits.
Ces captures d’images accompagnent les mots et leur trouvent une traduction sous forme de symboles ou d’illustrations.
Elles seront un outil de travail, un témoignage des conversations et des réflexions, un support pour poursuivre des discussions dans le futur.
Tout comme Jean-Luc Vilmouth qui recherche la dimension sociale et sociétale dans ses œuvres, le facilitateur graphique initie des formes nouvelles pour créer des liens, confronte les idées en les mettant les unes à côté des autres, ouvre de nouvelles voies d’échanges, utilise le visuel pour mieux communiquer et stimuler l’intérêt du public.
Le public contemple, intervient, agit, par la main du facilitateur graphique en lieu et place du professeur des écoles, devant le tableau, blanc cette fois.
02/11/2018
Voir les interventions des acteurs sous forme d’écrits et de dessins participe à un engagement de tous à travers une vision commune.
La pensée visuelle ajoute une proximité entre les acteurs. Le texte ou l’oralité ne suffit pas. Il faut aussi à un événement donné des images, une traduction, une interprétation.
« Le beau est aussi utile que l’utile » a dit Victor Hugo (Les Misérables). Je ne sais si les synthèses visuelles sont belles. Les facilitateurs graphiques s’en défendent, et optent pour l’utile plus que pour l’esthétique. Je leur trouve cependant des attraits graphiques sinon artistiques, quel que soit le niveau de dessin de l’auteur.
Car les facilitateurs graphiques, mettent leur sensibilité dans cette fresque. Ainsi, ils provoquent souvent émotions et sentiments chez leur public, même si ce n’est pas la finalité recherchée. Mais « l’esthétique ne cherche pas à déterminer les règles auxquelles doivent se conformer les artistes, elle étudie les différentes façons dont le beau se révèle à nous, les différentes formes par lesquelles il s’exprime ».
Pour être belle, une fresque synthétique n’a pas besoin d’être produite par l’imagination, il suffit qu’elle rapporte des choses du quotidien, du concret, et qu’elle produise un sentiment agréable et plaisant chez le public. J’ai pu remarquer que ce sentiment, bien que subjectif, est toujours présent : le public aime s'approcher du facilitateur pour voir les images produites lors du temps de pause, la fresque sera affichée dans un salon d’accueil de l'entreprise, exposée dans un bureau, ou donnée sous forme numérique aux parties prenantes comme cadeau de remerciement.
Si les facilitateurs graphiques usent d’un processus et d’un vocabulaire homogène et convenu, les particularités de chacun sont visibles et participent à l'enrichissement du domaine de la synthèse visuelle.
Certes il y a une méthode, mais pas de fresque synthétique type. L’enregistrement graphique reste cependant une performance, par essence plus utile qu’esthétique, mais une performance tout de même. « Elle est une carte, une écriture qui se déchiffre dans l’immédiat, dans le présent, dans la situation présente, une confrontation avec le spectateur » (Chantal Pontbriand).
Elle est un nouvel outil de communication, une pratique qui se développe et évolue. Le processus de réalisation est plus important que l’objet lui-même. La place de l’art y est insignifiante.
« La performance se construit en réalisant une idée par un geste. Elle a historiquement toujours eu pour but de mettre en scène une forme d’expérimentation, d’ouvrir de nouveaux champs de recherche et d’engagement, de transgresser la norme, de questionner la production artistique et d’engager le spectateur dans le processus ». C'est exactement le but de la capture visuelle: engager le spectateur qui est aussi un acteur du processus: somme toute, un spect'acteur.
En résumé: la facilitation graphique, capture d'images et de pensée visuelle en direct, est un acte d'engagement qui questionne l'entreprise, la société, le quotidien, et toutes les parties prenantes des organisations impliquées. Tous se retrouvent dans un but commun de travail, de partage, et de vision collective.
La capture d’images en direct, appelée aussi Scribing (du latin Scribere : écrire) est une performance qui a pour but la production d’un objet reflétant une vision commune à travers un processus d’écoute de choses issues de la société ou de la vie de l’entreprise.
La capture visuelle est comme un paysage, et, tel le jardinier, sa fin reste le choix du facilitateur graphique. Elle peut trouver son harmonie dans le respect de la charte graphique de l’entreprise, ou dans la symbolique visée par le sujet du jour.
Sur chaque synthèse visuelle la pensée est décrite, comme sur la marge d’un livre ouvert : quelques mots, quelques croquis suffisent à refléter ou à rapporter les échanges d’une intelligence collective.
22/10/2018
Gilles A. Tiberghien, philosophe.
Je me suis longtemps demandée d’où venait cette idée de cartographier les débats sous forme de fresque imagée.
Bien sûr, j’ai vite trouvé le lien vers le père de la facilitation graphique, l’américain David Sibbet, et les architectes, designers et ingénieurs informatiques qui ont cherché à présenter un éventail d’informations sous un processus novateur qui prend la forme d’une vaste image inspirée de l’art et de la psychologie.
Mind mapping, carte heuristique, carte mentale, carte des idées, carte visuelle, cartographie mentale, cognitive map, mind map, mapping… La fresque produite par le facilitateur graphique lors d’une capture visuelle est une carte.
Chacun connaît la carte topographique comme représentation géographique spatio-temporelle, instrument de navigation, d’orientation et reproduction de la réalité. Un outil référentiel pratique en deux dimensions, avec une lecture directe.
Or la carte dit quelque chose, elle donne la ou les directions à suivre. « Ce sont des opérations intellectuelles, graphiques, sociales » dit Jean-Marc Besse, philosophe au CNRS.
La carte est aussi esthétique, « c’est un dessin qui crée du sens, qui construit une réalité, qui stylise » (Gilles Pasky, géographe enseignant à Paris 1 et historien de la cartographie).
Mais aujourd’hui, la carte n’est pas seulement reliée à la géographie. Notre patrimoine cartographique n’est plus seulement géographique et scientifique : il est aussi présent dans les sciences humaines, et il est artistique, littéraire, issu de l’imagination.
« C’est un outil grâce auquel une société donnée va non seulement représenter son monde, mais aussi y inscrire un certain nombre de valeurs, de croyances, de normes. Des rêves, des projets… » (Jean-Marc Besse). Ainsi, la carte visuelle du facilitateur graphique est un reflet des organismes, un témoignage de leurs processus ou de leurs projets futurs.
D’après les deux philosophes Deleuze et Guattari, la carte n’est pas une arborescence (construite dans la verticalité) mais doit être construite sur le modèle du rhizome, avec « des formes multiples, des étendues dans toutes les directions ». « C’est une forme d’expérimentation plus qu’une interprétation, elle présente des entrées multiples, c’est une écriture collective, un agencement collectif d’énonciations. Elle doit être le fruit d’une réflexion commune. La carte est un reflet, et il faut savoir ce qu’elle vise ». (Manola Antonioli, philosophe).
Ainsi, les notes visuelles ont également des objectifs : mémoire, partage, vision commune, co-construction, stimulation, simplification des messages. En effet, dans cette conférence à l’Ens sur « dessiner le monde, une exploration des imaginaires cartographiques », Manola Antonioli explique que la « la lecture d’une carte est scientifique et imaginaire, les deux coexistent et évoluent l’un vers l’autre (...) La carte construit artificiellement une continuité géographique, politique ou culturelle, et réduit une situation complexe ». Simplifier les messages à travers des interactions entre mots et visuels est une caractéristique de la fresque synthétique.
Les champs que recouvrent la carte se sont beaucoup diversifiés. Les artistes et les facilitateurs graphiques se sont appropriés la carte comme moyen d’expression.
Le « mappage visuel » sollicite imagination, sensations, émotions.
L’imagination est du domaine de la pensée : l’imagination est la faculté que possède l’esprit de se représenter ou de former des images.
En facilitation graphique, nous donnons à la carte le nom de pensée visuelle.
La capture visuelle retranscrit la pensée transmise par l’oralité, mais le facilitateur fait preuve également d’imagination pour traduire cette pensée sur sa feuille surdimensionnée.
Bruno Latour dit que la carte sert à « amener le monde sur une feuille de papier, et alors oui, l’esprit le domine et le voit ». Donner à voir l’oralité pour mieux s’approprier les débats et les sujets de discussions, pour faire évoluer les idées et faire émerger l’innovation.
Comme John Brian Harley, la carte peut être lue « comme un livre familier », « ainsi, la carte fait revivre les mots, le temps, l’endroit et l’événement que nous devions affronter avant l’été de l’année prochaine », Thomas Hardy « The place in the map ». Les cartes-voyage illustrant des romans sont en effet « lues comme un livre familier »: une image résume le roman, les péripéties, la chronologie, rythmée par des illustrations, scénettes, texte, titres, situations, et une harmonie de couleurs.
Les choix graphiques de ces illustrateurs, on peut les retrouver dans une capture visuelle : cadres, cheminement chronologique, textes succincts, lettres de différentes grosseurs, portraits des personnages principaux.
Comme le dit justement Gilles Pasky, la carte « rétablit le temps du souvenir » ; c’est ce que fait le facilitateur graphique : retranscrire la mémoire des événements dans une grande image hiérarchisée qui peut s’apparenter à une carte.
Comme toute carte, la carte visuelle sert à transmettre une information, à « aller quelque part », c’est une « construction organisée », « un point de vue jamais neutre » (Hervé Régnault, géographe).
Il s’agit de distribuer sur le papier les informations que nous recevons, les connecter entre elles, les situer par rapport aux autres et donner à voir notre vision des choses.
En cela, Manola Antionioli cite Deleuze et Guattari et l’idée du « plan de l’immanence » : « la complexité du réel dans sa multiplicité expliquée par les connexions qui se font dans cette surface et pas par des principes d’explication qui seraient cachés dans des profondeurs insondables ou des hauteurs transcendantes ».
Une surface, des connexions et des directions, donc, qui mettent à plat des idées, des concepts, des expériences.
« Dans la pensée, tracer des cartes dans toutes directions, avec des connections multiples et en prise direct avec le réel », des cartes « ouvertes » qui autorisent différentes interprétations imaginaires (Manola Antonioli "La carte chez Deleuze et Guattari"). Cette définition s’applique bien dans le cas d’une fresque. Issue d’une séance de facilitation graphique, elle est destinée à suggérer de nouvelles pistes de travail, à provoquer l’imagination chez les participants. Issue d’une capture visuelle pendant une conférence, elle retranscrit les débats en simplifiant les messages.
La carte est une mémoire des événements passés, mais elle a aussi des vertus heuristiques.
Non seulement ces informations doivent être lisibles (écrites clairement), mais l’équilibre entre blancs et couleurs, ou valeurs (graphiquement parlant), participe également au décryptage de l’ensemble : hiérarchisation des titres, codes couleur, espaces, dessins et pictogrammes font la fresque.
Cette répartition peut s’apparenter à une cartographie, avec une mise à plat des informations, un sens de lecture, une logique synthétique, des symboles et des codes graphiques qui donnent des clés de lecture, tel un langage qui lui est propre.
Pour preuve, des dictionnaires visuels se créent comme des répertoires d’icônes : Bikablo, Doodle, The Noun Project... Nombre de symboles utilisés en facilitation graphique sont des signes sur lesquels tout le monde s’accorde, qui viennent de référentiels et sont non ambigus.
Le facilitateur graphique crée de nouvelles images à partir de ce qu’il entend.
Il crée des combinaisons d’images, les associe, et ainsi, ouvre un nouveau monde, d’autres réalités. Il donne un « corps » aux débats, dans le sens du « Corps sans Organes » d’Antonin Artaud : une image du corps comme « une surface de l’espace traversé par une intensité et des affects » (Deleuze).
Son imagination lui sert à transformer les débats en image issue de la pensée visuelle.
La facilitation graphique est un mélange entre rationalité objective de la représentation et imagination créative à l’aide d’illustrations, mise en page, métaphores.
Tel le géographe, nous compilons les informations, nous explorons les discussions. Nous donnons à la pensée une « dimension spatialisante » (Deleuze et Guattari).
Le facilitateur graphique dessine en direct des images et des lettres. Il me fait parfois penser à Philémon naufragé sur une île en forme de lettre dans l’Océan Atlantique. (cf : Philémon et le naufragé du « A », une BD dessinée par Fred que je lisais dans mon enfance). Perdu dans un Océan d'informations, il doit créer des îlots sur lesquels se poser, sauter de l'un à l'autre et fabriquer des ponts pour les connecter les uns aux autres.
Si la carte du facilitateur graphique reste dans le périmètre des débats, elle peut cependant suggérer, susciter, emmener vers d’autres discussions et explorations grâce à son pouvoir d’évocation.
Comme une carte, la capture visuelle est une synthèse, a un pouvoir analytique et est figurative.
Elle participe à construire des territoires, à travers les valeurs, les orientations, les choix qui y sont décrits ou partagés.
Elle sert à rendre visible la réalité, ou à la rendre possible.
« Comme le rhizome, la carte s’efforce de multiplier les voies d’accès au réel, cherche à affiner la complexité à travers une activité de production et de construction d’un sens qui n’est jamais donné au préalable » (Manola Antonioli citant Deleuze et Guattari).
Les débats, conférences, réunions, illustrent « une pluralité de trajets », qui sont lisibles et coexistent dans cette capture visuelle.
Le facilitateur graphique s’emploie à retranscrire les choix, les trajets et les chemins retenus dans les débats de manière objective, car « le sens est modifié suivant les trajets qui sont retenus » (Deleuze et Guattari).
Car comme le dit Deleuze « en art, et en peinture comme en musique, il ne s’agit pas de reproduire ou d’inventer des formes, mais de capter des forces ».
Le facilitateur cherchera l’approbation de son public en créant une vision commune objective, en offrant une image globale des débats.
Le public naviguera d’informations en informations, d’images en images, et retrouvera dans cette carte l’essence des débats auxquels il aura assisté, car « le monde est fait de multiplicités qui s’étalent sur un même plan » (Deleuze et Guattari). À la vue de cette capture d’images, le public peut ressentir émotions, inspiration. Ces sensations participent à capter son attention.
Dans tous les cas, cette production est un outil cartographique au service des participants à l’événement, afin qu’ils puissent se l’approprier. La synthèse visuelle se veut une mémoire au service des organismes.
La capture visuelle est libératrice de la pensée. Elle crée des connexions entre les idées et les autres champs.
C’est une carte des débats, échanges, discussions, une progression des interventions dans un espace en deux dimensions.
J’emprunte à Guillaume Monsaingeon ce terme de « mappage » inventé par lui-même à partir du mot « mapping ». Le "mappage visuel" et graphique : une prise de notes étoffée en images et en mots par un facilitateur graphique, qui engage donc les acteurs à la fois à une lecture de textes et une lecture d’images.
Si la fresque synthétique réduit la complexité du réel, elle sert la vision commune, la mémoire, l’après événement. Elle « sert un projet pour l’avenir et elle court dans le temps » (Gilles Pasky).
C’est un outil de représentation d’un monde avec ses idées, ses valeurs, ses causes, ses buts, ses actions, ses interrogations, ses aspirations, qui déclenche forcément des réactions, des émotions, une contemplation.
09/10/2018
Des pantalons amples ou stretch, de confortables chaussures, des superpositions de pulls pour s’adapter à la température de la salle.
L’éternuement serait en effet mal venu pendant les débats.
Moi qui adore la couleur, je préconise de porter des vêtements discrets, de manière à ne pas focaliser l’attention de l’auditoire avec des imprimés colorés qui sautent aux yeux.
L’attention doit rester sur les débats et sur la fresque.
Il vient avec sous le bras son rouleau de papier de 120 ou 150 cm de large, telle Brandy Agerbeck-in-the-air qui intervient aux quatre coins des Etats-Unis. Ou bien il prend son carton à dessin pour y ranger du papier A3 dans le cas d’une intervention sur table lumineuse filmée à la Go Pro.
Si les formats sont plus grands, une vaste sacoche s’impose pour transporter les cartons-plume. Reste la voiture pour emporter les chevalets et les formats plus larges comme le A0.
Il possède un sac ou une valisette bien organisée pour ranger ses feutres : feutres à l’eau, petits flacons pour le remplissage des feutres (vu la consommation d’encre), par économie de plastique, de dépenses inutiles et pour la préservation de la planète (en limitant le jetable, les émissions de Co2 et les matières premières).
Des feutres Posca, Neuland, du blanc correcteur pour écrire sur fond noir, ou pour masquer une erreur (orthographe), post-its... La liste n’est pas exhaustive.
Le matin, il déjeune copieusement et équilibré.
Pour ma part, j’ajoute trois séances journalières de cohérence cardiaque (exercice de relaxation), apprise durant un atelier de Stéphanie Noncent (Opteamind) : je synchronise rythme cardiaque et respiration grâce à un exercice respiratoire de 5 mn.
Cela m’apaise et m’aide à me préparer à l’écoute active.
Le facilitateur graphique arrive sur le lieu de la conférence largement en avance de manière à prendre le temps de s’installer.
Échauffer sa main avant le début de la séance n’est pas inutile, car pas de doute, les premiers dessins et les premiers lettrages ne seront pas les meilleurs.
Le facilitateur graphique valide l’emplacement de ses chevalets avec son client, sort son petit matériel et l’installe à portée de main, les couleurs choisies déjà hors de sa trousse.
J’aime avoir une bouteille d’eau en cas de petite soif, même si la plupart du temps je n’ai pas le loisir d’avaler une goulée.
Une connexion Wifi peut s’avérer utile en cas de doute sur l’orthographe d’un mot, ou pour consulter une image, bien que je n’en ai jamais trouvé le temps.
L’heure de penser en images est arrivée, le facilitateur graphique est (normalement) fin prêt !
30/09/2018
J’ai récemment participé aux Rencontres du Progrès Médical du Snitem (Syndicat National de l’Industrie des Technologies Médicales) à l’Institut Pasteur, pendant lesquelles j’ai réalisé des dessins et synthèses visuelles sur table rétro-éclairée. Cette solution s’est imposée car la salle ne comportait pas suffisamment de place pour installer chevalets et cartons de grandes dimensions pour y dessiner.
J’ai choisi de croquis-noter sur un papier blanc au format A3 ; malheureusement, la caméra Go Pro installée au-dessus de la table ne parvenait pas à filmer la feuille dans son entier. Disons que j'étais plutôt sur un format à mi-chemin entre le A4 et le A3.
Un support d’écriture de petit format, certes, mais avec une projection sur trois écrans géants. Deux écrans latéraux au format portrait, un écran central à l'italienne.
Tant qu’il y a de la place sur la feuille blanche, je dessine ; j’ai bien souvent distraitement oublié de me contenir dans un espace à marges virtuelles de deux à trois centimètres à l’intérieur de la feuille.
Pendant la pause, une charmante dame venue se plaindre que l’on ne voyait pas tout le dessin retransmis à l’écran (et pour cause), m’a enjoint de me tenir à mes marges invisibles. Ce que je me suis employée à faire par la suite.
Les dessins étaient de temps en temps projetés à l’écran pour être montrés au public. Concentrée sur mon travail, je ne m’apercevais pas toujours qu’ils étaient au moment même diffusés sur deux ou trois écrans géants. Pendant la matinée, l’animateur cite l’un de mes dessins projeté:« comme l’a noté justement Sophie… », ce qui me rassure sur la justesse de mes contenus à ce moment là.
A l‘inverse pendant l’un des débats de l’après-midi, le second animateur s’écrie, en regardant l’écran géant face à lui : « ce dessin m’effraie, je vais essayer de clarifier le débat ». La réflexion est à double tranchant. Soit, en effet, le débat s’embourbe, et l’animateur doit recentrer le débat, soit je n’arrive pas à dégager les idées clés. Ou les deux.
Je travaille peut-être de façon trop systématique. Ou bien y a-t-il trop d’informations sur ma feuille ? Je décide donc de changer pour un temps mon approche et je m’emploie à penser en images et à produire une seule grande illustration à la fois, un peu à la manière des humoristes.
Avec un dessin pleine page j’illustre une seule idée : « les data, patrimoine français à préserver », illustrée par un château, avec en haut de sa tour un drapeau marqué « data », et quelques mots « patrimoine » et « journée portes-ouvertes ». Puis : « le numérique, le moyen de transformer le système de santé » avec une « blouse blanche » entourée de dispositifs médicaux numériques.
Effets positifs : ce changement de stratégie me permet de prendre du recul sur mon travail, de me concentrer sur une idée clé à mettre en valeur.
Il faut donc être à l’écoute des orateurs et conférenciers, mais aussi des animateurs (ici journalistes), qui peuvent intervenir en tirant un signal d’alarme. A nous, facilitateurs graphiques, de corriger le tir.
Ainsi, lorsque l'on dessine sur un format réduit, il est judicieux d’alterner des feuilles nourries d'un dessin pleine page, avec des pages de mots-clés accompagnés de pictos, croquis et symboles. Cela permet de se concentrer sur une idée phare qui mérite attention, une métaphore à forte portée symbolique (ici, les "déserts médicaux", les "data, un patrimoine à préserver", etc.), cela permet aussi de modifier le rythme des images qui passent à l’écran, et aussi de moins donner à lire (pour fuir à tout prix l'effet PowerPoint).
Pendant la pause, je souhaitais que les dessins soient affichés afin que chacun puisse les voir de près. Je les accrochais donc sur des cartons disposés à la sortie de l'auditorium.
Chacun s’exclame ou s’interroge, les remarques sont de toutes sortes, plutôt positives, en dehors de ce monsieur âgé que j’entends dire à une dame « mais ce dessin, là, en bas à gauche, mon petit-fils est capable de faire le même! ». Je pense « oui bien sûr, pourquoi pas ? Puisqu’il s’agit d’une émoticône » (un rond pour la tête, deux billes pour les yeux, une bouche stylisée).
Une personne me dit que ces synthèses visuelles lui serviront à expliquer le cours des débats à ses élèves, bien mieux qu’un long compte-rendu dont elle sait qu’ils ne le liront jamais. Elle préfère discuter avec eux autour de mes images.
J’aime l’idée d’une seconde vie pour mes synthèses imagées après un événement éphémère, pour que mes captures visuelles servent à d’autres, soient un outil de travail, un support, un document à partager.
Je prends plaisir à capturer les idées clés, à trier et synthétiser les discours. C’est un jeu ou un sport plus qu’un travail. Cependant, le souci du travail bien fait est toujours présent.
J’aime aussi que les auditeurs ou les orateurs donnent leur avis sur mes synthèses imagées. Les réflexions sont bienvenues et participent à mon objectif d’amélioration continue.